Un fléau de santé publique en progression

Le protoxyde d’azote (N₂O), un gaz utilisé en médecine pour ses propriétés sédatives et antidouleur, fait depuis une dizaine d’années l’objet d’un usage détourné à des fins récréatives. Cette pratique, désormais répandue dans toute l’Europe, inquiète de plus en plus les professionnels de santé.

Pionnier en Belgique, le CHU de Liège développe des outils de recherche inédits pour mieux cerner les mécanismes d’action du protoxyde d’azote et en prévenir les conséquences sur la santé.

Le Pr Étienne Cavalier, chef du service de chimie médicale, et la Pr Corinne Charlier, cheffe du service de toxicologie clinique, médicolégale et environnementale, ont initié au CHU de Liège un projet de recherche pluridisciplinaire destiné à mieux comprendre les effets de cette substance sur l’organisme et à développer des outils de détection spécifiques.

"Notre objectif est d’améliorer la détection biologique des expositions au protoxyde d’azote grâce à des approches analytiques de pointe. Nous avons mis en place, au laboratoire, un système de prise en charge biologique 24h/24 afin d’aider les cliniciens à identifier et à prendre en charge le plus rapidement possible les patients suspects d’intoxication  », souligne Laura Vranken, pharmacienne biologiste au sein du service de chimie clinique et co-porteuse du projet au CHU de Liège.

Un partenariat scientifique international

Depuis un an, le CHU de Liège collabore avec le réseau interdisciplinaire Protoside, fondé par le Dr Guillaume Grzych du CHU de Lille. Ce réseau vise à identifier de nouveaux biomarqueurs biologiques de l’exposition au protoxyde d’azote, grâce à des analyses de métabolomique par résonance magnétique nucléaire (RMN).

L’objectif : améliorer le diagnostic d’intoxication et construire un trajet de soins coordonné au sein de l’hôpital, associant les services d’urgences, de neurologie, de psychiatrie et de toxicologie.

« Au départ, c’était surtout en France que l’usage du protoxyde d’azote posait problème. Mais aujourd’hui, on constate la même chose en Belgique », explique le Dr Raphaël Denooz, pharmacien biologiste et toxicologue clinicien au CHU de Liège. « Ce gaz, parfois utilisé pour ses effets euphorisants, peut pourtant causer de graves lésions au niveau du système nerveux — parfois irréversibles. »

En effet, l’inhalation répétée de protoxyde d’azote perturbe le fonctionnement du système nerveux central et peut causer :

  • des atteintes médullaires responsables de troubles moteurs ou sensitifs ;
  • des atteintes cardiaques, hématologiques ou sexuelles (anémie, thromboses, dysfonction érectile) ;des troubles psychiatriques tels que l’anxiété, la dépression ou des épisodes psychotiques ;
  • Ce gaz présente également un risque élevé de dépendance. En raison de la sensation de bien-être qu’il procure presque instantanément, il incite à une consommation répétée et excessive sur un laps de temps très court. Sa toxicité ne doit donc pas être sous-estimée.

Sans oublier qu’une consommation excessive et rapide peut aussi entraîner une asphyxie par manque d’oxygène ou des brûlures sévères dues au refroidissement des bonbonnes lors de leur manipulation.

Information et prévention !

Depuis mars 2024, la vente de cartouches de protoxyde d’azote est interdite aux mineurs en Belgique. Les fabricants sont également tenus d’apposer un avertissement sanitaire clair sur chaque contenant. Malgré ces mesures, les spécialistes observent une consommation croissante, notamment via des bonbonnes de grande capacité facilement accessibles sur internet, représentant un risque sanitaire et environnemental.

Pour le CHU de Liège, il faut renforcer ses efforts de prévention face à ce phénomène en pleine expansion : « Conscient du rôle clé que jouent les hôpitaux dans la diffusion d’une information fiable, il nous faut s’engager à sensibiliser encore plus, le grand public aux risques liés à l’inhalation de protoxyde d’azote et à former les professionnels de santé à mieux repérer les signes d’intoxication, souvent discrets lors des premiers symptômes ».

Dans cette optique, des séances d’information, des campagnes internes et des actions de sensibilisation sont organisées au sein de l’institution. Le CHU de Liège souhaite également encourager le dialogue entre les acteurs de terrain afin de mieux accompagner les patients concernés et de promouvoir une approche globale de la prévention et du suivi.

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