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Le VPPB, commun mais anxiogène

Parfois méconnu, le vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB) est pourtant extrêmement commun. Avec une prévalence annuelle de 1 600 pour 100 000, il est la cause la plus fréquente de vertige chez l’adulte (34 %) et la pathologie la plus rencontrée en rééducation vestibulaire.

« Le VPPB est dû à un déplacement d’otolithes dans les canaux semi-circulaires. Aux changements de position, ils se déplacent dans le canal et provoquent un vertige », décrit le kinésithérapeute. Souvent idiopathique, « le VPPB apparaît parfois aussi à la suite d’un traumatisme. On le rencontre à tous les âges, mais sa prévalence augmente au fil du temps, avec des pics constatés vers 50-55 ans et 70 ans ». Bien que le VPPB soit une pathologie bénigne, il ne faut pas sous-estimer son impact sur la qualité de vie, prévient Pierre Collignon. « Certains changements de positions peuvent provoquer des vertiges – parfois à l’origine de chutes – voire des nausées et des vomissements. Les patients atteints de cette pathologique peuvent présenter une limitation d’activités et développer une kinésiophobie. »

schema VPPB2Toupet et al. 2005, Benign positional paroxysmal vertigos schema VPPBHerdman et al. 2014, Vestibular Rehabilitation

Qui est Pierre Collignon ?

Jeune kinésithérapeute de 28 ans originaire de Nandrin, Pierre Collignon ne cache pas son ambition. Il entend bien s’imposer comme une « référence en région liégeoise dans le domaine de la kinésithérapie vestibulaire et maxillo-faciale ». En plus de son cabinet privé, il consacre son énergie à développer la Kinésithérapie vestibulaire et maxillo-faciale au CHU de Liège sur le site Ourthe-Amblève. Son dada, c’est l’oreille interne.

Depuis son Master en Kinésithérapie et réadaptation à l’Université de Liège, Pierre Collignon n’a cessé de se former pour devenir un spécialiste des vertiges et des troubles d’équilibre. Son Certificat de spécialisation en rééducation vestibulaire et des troubles d’équilibre ne couvrait pas tout le spectre des pathologies qu’il rencontrait dans la pratique. « J’étais confronté à des patients qui souffraient de sensations vertigineuses, sans problème vestibulaire. L’origine peut alors être à chercher du côté de la mâchoire, des cervicales… ».

C’est ce qui l’a décidé à compléter ses compétences par une Formation en Kinésithérapie cervico-maxillo-faciale (Forthema) puis un Certificat d’Université en Thérapie manuelle orthopédique (ULiège). Son leitmotiv : « pouvoir orienter au mieux mes patients dans tous les cas. Les vertiges rendent souvent les patients très anxieux. J’apprécie prendre le temps de les rassurer, de leur expliquer leur pathologie et ce je peux faire pour eux ».

75 - Photo 02 - VPPB - Portrait Pierre Collignon

Pierre Collignon s’investit également de plus en plus dans la formation. « J’aime discuter sur le sujet et transmettre ma passion à d’autres kinésithérapeutes », s’enthousiasme-t-il. Et à ses temps perdus, le jeune kiné s’adonne à l’escalade !

.Les publications scientifiques de Pierre Collignon

Un diagnostic facile à poser

diagnosticUne anamnèse bien menée, combinée à des tests cliniques, permet de poser le diagnostic du VPPB. « Le patient décrit des vertiges brefs à caractère positionnel : en se penchant vers l’avant, en se retournant dans son lit… Ces vertiges évoluent comme une vague, durant quelques secondes jusqu’à environ une minute. Ils peuvent parfois s’accompagner de signes neurovégétatifs ».

Les patients utilisent très souvent le terme « vertige » pour désigner d’autres sensations, comme une instabilité ou un malaise.


L’anamnèse type du VPPB :

  • Vertiges « vrais »
  • brefs (de quelques secondes à 1 ou 2 minutes)
  • début souvent brutal (ex. le matin au réveil)
  • parfois accompagnés de nausées, vomissements et bouffées de chaleur
  • déclenchés par un mouvement (se tourner dans le lit, se lever ou se coucher, se pencher vers l’avant, lever la tête…)
  • souvent moins de gêne dans la journée
  • sensation d’ébriété en position érigée (chez 1/3 des patients)
  • absence de symptômes auditifs et neurologiques associés

Les tests cliniques permettent de confirmer l’anamnèse. Classiquement, on effectue une manœuvre de Hallpike, voire un Roll test. Ils visent à provoquer un mouvement des otolithes suivant l’orientation anatomique des canaux semi-circulaires et observer si l’on déclenche un vertige et un nystagmus associé, « c’est-à-dire un mouvement involontaire de l’œil qui comporte une phase « aller » et une phase « retour » de direction opposée. Le nystagmus d’un VPPB est bref et paroxystique, soit crescendo-decrescendo. Il est vertico-rotatoire pour les canaux verticaux (antérieur ou postérieur) et horizontal pour le canal externe ».

Le VPPB du canal postérieur est de loin le plus fréquent (90 % des cas). Celui du canal externe représente environ 9 % et le VPPB du canal antérieur environ 1 %.


Le test de Hallpike consiste à placer le patient assis sur la table d’examen, la tête tournée de 45°, et de le coucher avec la tête en extension. Lorsque la tête est tournée à droite, on teste le canal postérieur droit et antérieur gauche. Lorsque la tête est tournée à gauche, on teste le canal postérieur gauche et antérieur droit.

Le test de Hallpike 1 Le test de Hallpike 2

Sauvage et al. 2015, Guide de rééducation vestibulaire


Le Supine Roll test recherche plus spécifiquement un VPPB du canal externe. Le patient est en position couchée, la tête fléchie de 30°. Le test consiste à tourner la tête à gauche et à droite. En cas de VPPB, le patient va ressentir un vertige et manifester un nystagmus typique.

Face à un VPPB typique confirmé par l’anamnèse et un test de Hallpike positif, le patient peut être orienté vers un kinésithérapeute spécialisé. Aucune imagerie ni investigation complémentaire n’est requise, sauf en cas de doute sur le diagnostic ou de symptômes supplémentaires.

Pierre Collignon développe : « Parmi les 150 vertiges ou déséquilibres bien typés dominent trois étiologies : le VPPB, la névrite vestibulaire et la maladie de Ménière. Leurs physiopathologies sont radicalement différentes et les thérapeutiques spécifiquement adaptées. En dehors du VPPB, toutes les autres pathologies nécessitent impérativement un avis ORL ». En matière de vertiges, les médecins ORL demeurent les spécialistes du domaine. 

80 % de guérisons en une seule session

guerison en 1sessionD’après le kinésithérapeute, « la présence d’otolithes dans les canaux semi-circulaires peut parfois évoluer spontanément. Mais lorsque le patient se plaint de vertiges, il faut envisager des manœuvres libératoires en kinésithérapie vestibulaire. Dans le cas du VPPB, l’efficacité thérapeutique est exceptionnelle : 72 à 80 % de réussite en une seule session ! Dans les autres cas, il ne faudra généralement pas plus de cinq séances pour résoudre le problème ». Un argument solide en faveur d’un diagnostic précoce… et d’un traitement adapté.

La Bétahistine n’a pas démontré d’efficacité sur le VPPB !


 

Le spécialiste du vertige insiste : « La chirurgie n’est pas indiquée, et aucun traitement médicamenteux n’a montré son efficacité sur cette pathologie. Mais un antiémétique peut être utile en cas de nausées et vomissements », concède-t-il. Le traitement en kinésithérapie consiste en « des manœuvres libératoires qui visent à déplacer les otolithes présents dans le canal semi-circulaire vers l’utricule, où les otolithes seront fragmentés puis éliminés par le sac endolymphatique. Des tests cliniques préalables nous permettent d’identifier le ou les canaux concernés et de choisir ensuite la manœuvre appropriée ».

La Kinésithérapie vestibulaire au CHU Ourthe-Amblève

Bannière CHU ourthe-ambleveLa rééducation vestibulaire se développe depuis plusieurs années sur le site Ourthe-Amblève en étroite collaboration avec les médecins ORL, sous l’impulsion de Pierre Collignon qui entend bien faire de la discipline un pôle de spécialité du CHU. Pour le kinésithérapeute, « ce type de rééducation trouve tout particulièrement sa place dans un centre de revalidation neuro-locomotrice comme le CHU Ourthe-Amblève. Il arrive régulièrement que des patients hospitalisés après un accident présentent un VPPB, car c’est parfois un traumatisme physique qui est à l’origine de son apparition ».

Un kinésithérapeute vestibulaire est spécialisé dans les troubles de l’équilibre et les vertiges d’origine vestibulaire. « Le VPPB n’est pas la seule pathologie que nous traitons en rééducation vestibulaire. En cas d’atteinte vestibulaire comme une névrite par exemple, la rééducation consistera à travailler l’équilibre de façon spécifique avec des exercices actifs et/ou avec des outils dont le rééducateur dispose (plateforme d’équilibre, boule optocinétique …). L’objectif est de diminuer ou de faire disparaître les vertiges, d’améliorer la stabilité du patient ainsi que son autonomie. ».

Message aux médecins traitants

stéthoscope-bannièreLe vertige, c’est 5 % de la patientèle d’un médecin généraliste. Parmi ces vertiges, 34 % sont des VPPB ; 6 % des maladies de Ménière ; 6% des névrites vestibulaires ; 7% des vertiges dus à des lésions du système nerveux central et 6% des syndromes posturaux phobiques.

Or tout médecin traitant est en mesure de réaliser un tri diagnostique et d’identifier un VPPB à l’aide d’un interrogatoire précis et des tests cliniques. Dans les autres cas, les patients doivent être référés aux médecins ORL, spécialistes du domaine, pour un bilan vestibulaire complet. 

Nota bene : les VPPB récidivent dans 39 % des cas dans les trois ans.

En regard du caractère anxiogène du VPPB pour les patients, l’efficacité remarquable des traitements en kinésithérapie vestibulaire plaide en faveur d’un diagnostic le plus précoce possible, et d’une bonne orientation du patient en matière de traitement.

[CHUchoTV] Vaccination contre la COVID-19. Saison 1. Episode 4.

vaccination S1E4 Les réponses du Pr. Michel Moutschen, chef du Service des maladies infectieuses - médecine interne du CHU de Liège, à vos questions.

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