Testing et circulation du virus dans la population : les anticorps protègent-ils contre le COVID-19 ?

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  Le jeudi 20 mai 2020

Testing et circulation du virus dans la population : les anticorps protègent-ils contre le COVID-19 ?

EDITO 69 - Testing et circulation du virus dans la population : les anticorps protègent-ils contre le COVID-19 ?  
 
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CHUchotis Oncologique

LE CHUCHOTIS DU JEUDI SPECIAL COVID-19

69 - 00Sommes-nous immunisés après une infection au COVID-19 ? Si oui, combien de Belges sont déjà immunisés ? Et pour combien de temps ? Autant de questions essentielles auxquelles nous avons besoin de réponses. Pour mieux appréhender la circulation du virus au sein de la population et éclairer les mesures indispensables face à l’épidémie, mais aussi pour évaluer les conditions d’une « immunité collective ».

Jusqu’ici, on ignore si les IgG anti-SARS-CoV-2 sont protectrices ou non. Mais on devrait bientôt le savoir, grâce à une large étude sérologique dirigée par le Professeur Pascale Huynen au sein du Laboratoire de Sérologie Infectieuse et de Virologie Clinique du service de Microbiologie Clinique du CHU de Liège. Ce ne sont pas moins de 3800 volontaires parmi le personnel et les étudiants du CHU, de l’ULiège et du GIGA qui participent au testing, prévu en trois phases et financé par la Région Wallonne. La première vague de prélèvements a débuté le 6 avril dernier et est à présent clôturée. La deuxième est en cours, et la dernière est prévue pour fin juin.

La taille de l’échantillon et sa représentativité permettront d’extrapoler les résultats du testing à l’échelle de la Wallonie. Parallèlement, l’équipe du Pr. Pascale Huynen constitue une sérothèque dédiée aux futures recherches sur le COVID-19. Cette collection permettra d’étudier nombre d’autres aspects de ce virus, qui pose chaque jour de nouvelles questions.

 

Qui êtes-vous, Professeur Pascale Huynen ?

Médecin microbiologiste formée à l’ULiège, le Professeur Pascale Huynen est Chef de clinique au service de Microbiologie Clinique du CHU de Liège. Elle y dirige depuis 2004 le Laboratoire de Sérologie Infectieuse et de Virologie Clinique – aujourd’hui élargi au Laboratoire de Référence SIDA-sérologie. Férue de virologie, elle a consacré sa thèse aux norovirus, sous la supervision du Pr. Etienne Thiry avec lequel elle continue de collaborer. L’an dernier, elle a également été élue représentante de la Belgique auprès l’European Society for Clinical Virology pour une durée de 5 ans.

69 - 02Exigeante et rigoureuse, elle apprécie par-dessus tout le travail en équipe et ne cesse de valoriser le rôle de ses collaborateurs, « sans lesquels je ne suis rien ! », insiste la Chef de clinique. Elle envisage chaque projet comme « une collaboration, dans laquelle chaque personne apporte sa pierre à l’édifice, où le rôle de chaque personne est important ». Elle salue au passage « l’implication et le travail formidable accompli par toute l’équipe pour ce projet de testing COVID-19, depuis les informaticiens jusqu’aux technologues de laboratoire en passant par le call center, le personnel des archives, les infirmières et les data managers »

Son goût des autres se marque jusque dans sa vie privée : à 43 ans, elle affectionne particulièrement les sports collectifs, l’équitation ou l’aquagym, et consacre un temps précieux à entretenir ses amitiés. Elle partage sa vie avec son fils Florian, bientôt 12 ans, dans le petit village de Dolembreux près de Sprimont, et se voit comme « une épicurienne : j’adore la gastronomie ! ». Musicienne classique, elle cherche la détente et la concentration dans la pratique du piano. « Mon grand préféré, c’est Chopin ! », confie-t-elle.

 

Les IgG sont-elles protectrices ? Trois vagues de testing pour le savoir.

Le 6 avril dernier débutait la première vague de prélèvements, marquant le lancement de l’étude de séroprévalence COVID-19. Sur le site du Sart Tilman, dans des installations spécialement édifiées et sécurisées pour le projet. 3800 prises de sang en tout, « réitérées deux fois à six semaines d’intervalle, soit mi-mai et fin juin », sont réalisées aussi bien sur des personnes qui avaient présenté des symptômes que sur des personnes asymptomatiques. Ces trois vagues de tests visent à évaluer l’immunité anti-SARS-CoV-2 et son évolution dans le temps, grâce à la détection et au dosage des anticorps.

69 - 03« Nous mesurons deux types d’anticorps : les IgA et les IgM d’une part, qui apparaissent précocement après l’infection, et les IgG, qui apparaissent plus tardivement mais persistent beaucoup plus longtemps ». Une question centrale anime la recherche : ces anticorps sont-ils protecteurs ? « On l’espère. Mais si on observe des réinfections malgré la présence d’anticorps, c’est que ceux-ci ne suffisent pas à nous prémunir contre le virus », tempère la Chef de clinique.

Graphique Utilité des tests de diagnostic
Utilité des tests de diagnostic d’une infection COVID-19 en fonction du moment de l’infection 

 

« Contrairement à la PCR qui vise un diagnostic direct en détectant la présence du virus au terme de la période d’incubation, les tests sérologiques permettent un diagnostic rétrospectif. La présence d’IgG indique avec certitude un contact antérieur avec le pathogène. Les résultats sont alors croisés avec ceux de l’anamnèse et les éventuels tests PCR réalisés auparavant, ce qui nous permet de dater l’infection », détaille la microbiologiste. Six semaines d’intervalle sont nécessaires entre les trois prélèvements, « car les anticorps se développent au terme d’une fenêtre sérologiquement silencieuse, dans un délai extrêmement variable d’un individu à l’autre – de 5 jours à parfois plus de 30 jours après l’apparition des symptômes ».

Le tout étant de déterminer précisément cette chronologie dans le cas du SARS-CoV-2. Et dans un second temps de comprendre sa variabilité en fonction du profil du patient, « raison pour laquelle chaque participant remplit un long questionnaire renseignant notamment son profil médical mais aussi professionnel et ses habitudes de vie en période de confinement ».

Établies à des dates stratégiques, ces données de séroprévalence permettront également d’évaluer l’impact respectif des mesures de confinement et de déconfinement successives.

 

Les tests sérologiques sont-ils fiables ?

Bénéfice secondaire de l’étude, celle-ci suppose de… tester les tests. « Nous utilisons trois tests différents », détaille le Pr. Pascale Huynen : « d’une part des tests rapides qualitatifs mis au point par la société liégeoise ZenTech détectant la présence ou non d’IgM et d’IgG, et d’autre part des tests quantitatifs qui mesurent précisément les différents anticorps avec des valeurs chiffrées, produits par EuroImmun (IgA et IgG) et DiaSorin (IgG) ». L’avantage est au moins double : « cette méthode nous permet de bétonner nos résultats, mais aussi d’évaluer la qualité et la fiabilité de ces tests, que nous avons validé préalablement à l’étude. Nous pourrons aussi à terme évaluer l’intérêt des différents types de tests en fonction des besoins des patients ».

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Les 3800 participants reflètent la population

« Beaucoup d’études sont réalisées sur le personnel médical, notamment pour évaluer les risques liés à leur pratique », note la microbiologiste. « Mais rien ne permet d’extrapoler ces résultats à l’ensemble de la population. En revanche, l’échantillon de notre testing comprend des personnes de différents âges, aux professions et aux profils contrastés. Recrutés essentiellement au sein du CHU et de l’ULiège, les volontaires émanent du personnel administratif, médical et paramédical, mais aussi des chercheurs, des étudiants, des aides logistiques, des cuisiniers... Certains sont au contact proche des patients COVID+, d’autres sont confinés en télétravail, d’autres ne viennent au CHU qu’une fois par semaine, d’autres encore changent d’affectation en cours d’étude… Disposer de toutes ces catégories différentes nous permettra de mieux comprendre comment circule le virus dans la population et à quelles conditions pourra advenir une immunité collective ».    

Si les premiers résultats de l’étude sont encore confidentiels, chaque volontaire reçoit personnellement ses résultats, « assortis d’une explication, car l’interprétation n’est pas toujours évidente », prévient le Pr. Pascale Huynen. En avant-première belge, étant donné que les tests de dosages d’anticorps ne sont pas encore autorisés, que ce soit dans le cadre d’un remboursement INAMI ou d’une facturation aux patients, « même si c’est imminent. Exception est faite dans ce cas puisqu’ils sont réalisés dans le cadre d’une étude scientifique ».

 

Tube de sang à insérer avec l'encadré

Une biothèque « spéciale Covid » pour les recherches futures

Une partie seulement de chaque prélèvement est utilisée pour l’étude, le restant étant conservé dans une biothèque dédiée. Ce biobanking de 3800 tubes de sang humain, avec l’ensemble des données collectées, permettra de réaliser quantité d’autres tests notamment génétiques. Les connaissances sur le COVID-19 évoluent chaque jour. Et chaque jour voit de nouvelles questions se poser.

 

Message aux médecins traitants

Pour le Pr. Pascale Huynen, « les sociétés et les laboratoires privés se sont engouffrés dans la brèche de l’urgence de la demande, et inondent les médecins d’offres de tests de dépistage du Covid-19. Comme ces fameux tests rapides, réalisés grâce à une goutte de sang prélevée au bout du doigt. Le problème est que ces tests ne sont pas validés et que leur qualité n’est pas garantie ».

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« Sans compter qu’en pratique, ce n’est pas si évident à réaliser », sourit la Chef de clinique. Ce qui risque d’invalider le test. « Par exemple, le sang en trop petite quantité coagule déjà dans la pipette. Et surtout, comment le patient peut-il bien interpréter de tels résultats ? Un test négatif peut très bien masquer une infection, sachant qu’il faut parfois un mois après l’apparition des symptômes avant de développer des anticorps. À l’inverse, un test positif ne signifie pas nécessairement que le patient est à l’abri d’une réinfection. Pourquoi donc s’en remettre à des tests aux résultats douteux alors que nous avons la chance dans nos pays d’avoir accès à des tests automatisés, performants, fiables, en quantité suffisante et réalisés en laboratoire clinique ? ».

 

CHUchoTV sur les tests et dépistage

Testing massif de la population, techniques de dépistage, auto-tests... l'état de la situation avec le Pr. Pascale Huynen, chef de clinique au service de Microbiologie clinique.

 


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