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EDITO ONCO 8 - Une nouvelle étape est franchie dans la lutte contre le cancer du sein  

 

 

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Introduction

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Avec plus de 10.000 cas par an en Belgique, le cancer du sein est l’affection tumorale la plus fréquente chez la femme.

La combinaison hormonothérapie antitumorale - inhibiteur de CDK4/6 est maintenant le nouveau standard en première ligne pour la maladie métastatique avancée. La combinaison Fulvestrant - Ribociclib montre des résultats particulièrement intéressants. Ces résultats ont été présentés en session plénière du congrès annuel de l’European Society of Medical Oncology (ESMO) fin septembre à Barcelone avant d’être publiés ce 12 décembre dans le New England Journal of Medicine.

« S’il s’agit d’un cancer avec de très bonnes chances de guérison (80% de guérisons), il reste malheureusement encore 20% des patientes non guéries chez qui nous essayons de transformer la maladie en maladie chronique », indique le Pr. Guy Jerusalem, chef du service d’Oncologie médicale du CHU de Liège.

Depuis le 1er novembre, la combinaison Ribociclib-Fulvestrant est remboursée dans notre pays. « C’est bien sûr toujours la firme qui introduit le dossier de demande de remboursement auprès de la Commission de Remboursement des Médicaments (CRM), mais c’est sur la base de l’étude MONALEESA 3 que le remboursement a pu être obtenu, ce dont nous pouvons être fiers », se félicite le Pr. Jerusalem, auteur principal de l’étude.

 

Qui êtes-vous Professeur Guy Jerusalem ?

Eupenois de souche, Guy Jerusalem est l’auteur d’un parcours linéaire complet à l’ULiège. Après avoir décroché un diplôme de Docteur en Médecine en 1990, il se spécialise en Oncologie médicale, avant de réaliser un Doctorat en Sciences cliniques, qui portait sur le PET-scan dans les lymphomes.

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Aujourd’hui marié et père de deux filles de 15 et 17 ans, il est à 54 ans le chef du service d’Oncologie médicale du CHU de Liège. L’unité de recherche clinique dont il coordonne l’activité médicale est chaque jour au cœur de sa motivation : « Nous avons une unité de recherche clinique assez conséquente, puisque nous comptons 14 infirmiers de recherche et data managers pour la recherche clinique, et en particulier les nouvelles molécules pour traiter les cancers ».

Le Pr. Jerusalem est bien sûr aussi pleinement investi dans la création du nouveau Centre Intégré d’Oncologie (CIO) dont il est membre du Bureau.

En dehors du CHU, Guy Jerusalem consacre aussi pas mal d’énergie dans diverses instances qui ont trait au cancer du sein. Il est membre du conseil d’administration et du comité scientifique de l’International Breast Cancer Study Group (IBCSG) et dans le comité de pilotage de plusieurs études internationales dans le cancer du sein.

Le Pr. Jerusalem est aussi professeur à l’Université de Liège où il est chargé de cours dans le domaine de l’oncologie médicale.

Entre la clinique, la recherche et l’enseignement, Guy Jerusalem n’a plus beaucoup de temps libre. Mais dès qu’il en a, il le consacre à sa famille et s’adonne au tennis et au ski.

→ Les publications scientifiques du Professeur Guy Jerusalem

 

L’avènement des inhibiteurs de CDK4/6

On distingue des sous-groupes de cancers du sein en fonction de la présence de certaines cibles thérapeutiques. « Les cancers HER2+ représentent 15% des cancers du sein. Pour ce type de cancers, des traitements spécifiques anti-HER2 comme le Trastuzumab ont transformé le pronostic de la maladie. Initialement mauvais, il fait place aujourd’hui à un taux de guérison de l’ordre de 90% et, pour des patientes atteintes de maladies métastatiques, des chances raisonnables de vivre toujours avec la maladie au-delà des 10 ans », rappelle le Pr. Jerusalem.

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Pour traiter les cancers qui expriment des récepteurs aux œstrogènes, mais qui sont HER2 négatifs – ce qui représente environ 2/3 des cancers du sein -, il y avait encore récemment peu d’options thérapeutiques intéressantes. « Nous n’avions que l’hormonothérapie anti-tumorale et, lorsque ce traitement ne marchait plus pour la maladie métastatique, il fallait passer à la chimiothérapie redoutée par nos patientes. Les premiers traitements ciblés amélioraient quelque peu le résultat sur le temps de contrôle de la maladie, mais aucun impact sur la survie globale n’avait pu être démontré », poursuit l’oncologue.

Depuis presque deux ans, la vie de ces patientes a toutefois bien changé. « Nous disposons maintenant de traitements ciblés qui bloquent les cellules tumorales en phase G1 du cycle cellulaire. Trois médicaments sont aujourd’hui approuvés en Belgique : le Palbociclib, l’Abemaciclib et le Ribociclib ; ils appartiennent à la classe des inhibiteurs de CDK4/6 », détaille Guy Jerusalem.

 

Un avantage en termes de survie sans progression, mais aussi de survie globale 

Depuis juin 2019, trois études combinant ces médicaments et une hormonothérapie anti-tumorale - deux avec le Ribociclib, une avec l’Abemaciclib - ont démontré une augmentation significative de la survie globale lorsque le traitement anti-CDK4/6 est ajouté à l’hormonothérapie anti-tumorale comparé à un placebo ajouté à l’hormonothérapie anti-tumorale.

 

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Le Pr. Jerusalem est l’auteur principal de l’étude MONALEESA 3, qui vient d’être publiée dans le New England Journal of Medicine.

 « Le message que nous pouvons adresser aujourd’hui est que désormais, pour ces cancers du sein HER2 négatifs aussi, la combinaison Fulvestrant-Ribociclib permet aux patientes de vivre avec la maladie comme une maladie chronique. Pendant très longtemps, on craignait que cet objectif soit trop ambitieux pour cette forme particulière de cancer du sein, mais nous venons de démontrer qu’il est possible d’augmenter la survie et de transformer réellement la maladie en maladie chronique », se félicite le Professeur Jérusalem. « La réduction du risque de mortalité est de 29% en valeur relative ».

En outre, cette combinaison Fulvestrant-Ribociclib a permis d’obtenir la plus longue survie sans progression jamais rapportée dans le traitement de la maladie. « La survie médiane sans progression est aujourd’hui supérieure à 33 mois. Du jamais vu ! Cela signifie donc presque doubler la survie sans progression, comparativement à une hormonothérapie antitumorale seule », commente Guy Jérusalem.

 

Cerise sur le gâteau : l’excellente qualité de vie

Vivre plus longtemps est déjà important pour les patientes. Mais vivre plus longtemps tout en conservant une bonne qualité de vie, c’est encore mieux. Ces dernières années, cet aspect fait l’objet d’une attention croissante du corps médical.

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Le Pr. Jerusalem peut se féliciter d’une excellente qualité de vie pour les patientes traitées par cette combinaison. « La toxicité est essentiellement une toxicité de laboratoire. Les patientes présentent une neutropénie, mais avec la grande différence par rapport à la majorité des autres traitements oncologiques, que le risque d’infection sévère est quasiment nul. Dans notre domaine, c’est vraiment exceptionnel d’avoir une combinaison thérapeutique plus efficace, sans augmenter la toxicité de manière significative. Or, ici c’est réellement le cas. Nos patientes ont une vie tout à fait normale. Elles peuvent poursuivre leur activité professionnelle, partir en vacances, etc. » La seule contrainte pour elles est de se soumettre à une prise de sang tous les quinze jours durant les deux premiers mois de traitement et à un scanner toutes les douze semaines.

 

Le fruit de la solidarité entre patientes

La recherche progresse, comme en témoignent les résultats obtenus par le Pr. Jerusalem et son équipe dans le traitement du cancer du sein HER2- où la survie sans régression ne cesse d’augmenter, et ce, tout en préservant la qualité de vie des patientes.

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Si des patientes peuvent aujourd’hui bénéficier de ces progrès, c’est grâce à la recherche, mais aussi à une solidarité entre patientes puisque certaines ont activement participé à ces études. « Celles qui bénéficient aujourd’hui de traitements arrivés dans la routine grâce à d’autres patientes, peuvent également apporter leur contribution et ainsi, participer à la définition des standards thérapeutiques de demain et déjà bénéficier, pour certaines, de résultats en termes de guérison », observe le Pr. Jerusalem.

L’oncologue tient ici à profiter de l’occasion pour remercier les patientes qui contribuent tous les jours à faire avancer la recherche et tout particulièrement celles qui ont participé à l’étude MONALEESA 3.

 

Message aux médecins traitants

« Maintenant que nous avons observé ces résultats très encourageants, nous souhaitons évidemment franchir un pas supplémentaire. Bien que nous soyons ravis de pouvoir désormais offrir une augmentation de la survie et transformer la maladie en maladie chronique, le but ultime est bien sûr de guérir définitivement le patient. Or, avec les connaissances actuelles, cela paraît très difficile lorsque les patientes ont atteint le stade métastatique », concède Guy Jerusalem.

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La prochaine étape consiste donc à évaluer si ces médicaments, combinés au traitement classique, permettent de guérir plus de patients. « Pour rappel, le traitement curatif d’un cancer du sein non métastatique inclut un traitement local, habituellement la chirurgie souvent associée à la radiothérapie et un traitement systémique à base d’hormonothérapie anti-tumorale pour les cancers du sein hormono-sensibles, de temps en temps associé à la chimiothérapie. Toutefois, le but est de réduire l’utilisation de la chimiothérapie tout en améliorant les chances de guérison », relève l’oncologue.

Aujourd’hui, les trois inhibiteurs antiCDK4/6 sont évalués dans les essais cliniques afin d’évaluer si l’on guérit plus de patients. Dans le service du Pr. Jerusalem, l’étude NATALEE évalue si le Ribociclib, associé au traitement standard, permet de guérir plus de patientes.

« Cette étude est toujours en cours d’inclusion. Le critère d’inclusion principal est que les patientes doivent avoir débuté une hormonothérapie depuis moins d’un an. Par ailleurs, nous excluons essentiellement les patientes à très faible risque chez qui la guérison avec les traitements standards actuels est hautement probable », précise encore Guy Jerusalem.

Dès lors, si vous avez des patientes atteintes d’un cancer du sein HER2- qui exprime les récepteurs aux oestrogènes, il est encore temps de les faire entrer dans cette étude dans un des centres participants.