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Revalidation, la vie après le cancer

 

Ce 30 janvier, le CHU de Liège et l’Université de Liège inaugurent sur le site du Blanc Gravier un tout nouveau plateau entièrement dédié à la revalidation après cancer. Avec un matériel d’entrainement cardio-respiratoire, des bicyclettes ergométriques, des machines d’entrainement musculaire notamment, ainsi qu’un espace relaxation,  la salle de revalidation vise plusieurs objectifs thérapeutiques : réduire les symptômes et effets secondaires des traitements, améliorer la qualité de vie, favoriser la réinsertion socio-professionnelle et entraîner les fonctions physiques. Les patients ayant présenté un cancer pourront, à la fin de leur traitement de chimiothérapie et/ou radiothérapie, suivre ce programme multidisciplinaire assuré par des médecins spécialistes en médecine physique, des kinésithérapeutes et des psychologues.

Séances d’évaluation, séances éducatives, séances de reconditionnement physiques, prise en charge individuelle et séances d’informations visent à permettre, pour chaque patient, une prise en charge dans une structure qui correspond à ses besoins. L’activité physique contribue en effet grandement à l’aider à aller de l’avant, après le tumulte dans lequel chacun peut se retrouver face à la maladie et ses conséquences.

Qui êtes-vous, Professeur Maquet ?

 

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Didier Maquet ? Enthousiaste pourrait-être son deuxième prénom. Vous en doutez ? C’est facile à vérifier. Lancez la conversation sur le thème de la nouvelle salle dédiée à la réhabilitation après cancer. Ensuite, accrochez-vous : c’est parti pour un long récit aussi passionné que passionnant. Professeur à l’Université de Liège au sein du département des sciences de la motricité, docteur en kinésithérapie, à 42 ans Didier Maquet travaille au CHU au service de l’appareil locomoteur, sous la direction du Pr. Jean-François Kaux. L’an dernier, il a l’occasion d’encadrer la thèse de doctorat d’Anne-France Leclerc, « Etude fonctionnelle et de qualité de vie des patientes traitées pour un cancer du sein : intérêt de la prise en charge rééducative multidisciplinaire ». Cette thèse est en définitive un épisode supplémentaire d’une aventure initiée quelques années plus tôt par le Pr. Jean-Michel Crielaard, alors chef de service. Didier Maquet se souvient : « Le Pr. Crielaard est contacté par un collègue néerlandophone ; avec cinq autres hôpitaux flamands, il lance alors une étude destinée à évaluer l’intérêt de la revalidation pluridisciplinaire après cancer du sein. Objectif : faire réfléchir sur les possibilités de prendre en charge ces patientes. Jusque-là, aucun francophone ne participait. Avec le CHU, l’étude prenait une portée nationale. Au final, une quinzaine d’hôpitaux participent à l’aventure.

Les publications scientifiques du Pr. Didier MAQUET

 

Un projet de longue haleine

 

Si le cancer du sein est choisi, c’est pour deux raisons principales. « D’abord, la prévalence est très élevée. Les traitements sont bien codifiés et les espérances de guérison et de vie favorables. Les patientes sont donc des personnes qui se prêtent bien à ce type d’étude. Ensuite, les femmes qui ont été confrontées à cette maladie sont aussi celles qu’on retrouve le plus souvent dans les pays qui se sont équipés de centres de prise en charge après cancer ».

L’objectif de l’étude? Vérifier chez les patientes les améliorations fonctionnelles, l’amélioration de leur qualité de vie et l’impact financier de ce genre d’initiative. L’expérience va durer trois ans. « Les patientes venaient à l’entrainement pendant trois mois, trois fois par semaine à raison d’1h30 par séance. Il s’agissait d’entrainements sur bicyclettes ergométriques, d’entrainements musculaires, d’exercices d’endurance pour les membres supérieurs et inférieurs. On travaillait aussi les étirements, etc. Nous les réunissions par groupe de 15  dans une des salles de revalidation de médecine de l’appareil locomoteur ».

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Le Pr. Thierry Bury s’occupait de l’évaluation des patientes et d’un test d’effort préalable, pour s’assurer qu’il n’y avait pas de contre-indication mais aussi évaluer leur niveau initial. « Chaque séance des patientes était individualisée en se basant sur ses capacités initiales. Réflexion scientifique, réflexion clinique : c’était colossal ». En complément, les patientes bénéficiaient aussi d’une séance de 2h par semaine d’éducation du patient. Les thématiques abordées étaient la gestion du stress et des émotions, la prise en charge des troubles du sommeil, l’alimentation après cancer, les troubles de la sexualité et l’intérêt de pratiquer des exercices physiques, entre autres. « Expliquer le pourquoi et le comment des choses. L’objectif de cette prise en charge, c’était d’agir sur l’amélioration fonctionnelle et sur l’amélioration de la qualité de vie ». Chaque année, 45 patientes étaient prises en charge et comparées à un groupe contrôle de patientes ne bénéficiant pas de cet encadrement.

Et les résultats obtenus en comparant les deux groupes n’ont pas manqué d’intérêt. « Le groupe traité s’améliorait de façon très significative, se souvient Didier Maquet. Et il y avait aussi une différence significative par rapport au groupe contrôle. En gros, on constatait au bout des trois mois que rien ne changeait pour les patientes du groupe contrôle alors que celles traitées s’amélioraient sensiblement ». Ce n’est pas tout. Didier Maquet prenait en charge la séance d’accueil et de clôture. Il se souvient. « J’ai parfois été interpellé par des témoignages de patientes qui me disaient : « finalement, après cette prise en charge, on voit un peu notre cancer comme une chance. Après l’annonce de la guérison, on a reçu le coup de fil pour nous proposer de venir en revalidation. On n’avait jamais fait de sport, maintenant, on en fait et grâce à ça, on voit la vie autrement ».  Je n’ai pas dit que toutes les patientes étaient contentes d’avoir eu un cancer mais c’était interpellant et très valorisant d’entendre des témoignages de ce type ».

Au terme des 3 mois de prise en charge, des septuagénaires qui n’avaient jamais fait de vélo pédalaient pendant 30 minutes sur la bicyclette ergométrique sans s’arrêter. Elles n’avaient pas imaginé que ce soit possible, encore moins après un cancer. Mais ce que le Pr. Maquet entend aussi chez certaines patientes lors des séances de clôture, c’est de l’inquiétude. « Elles disaient : nous sommes très tracassées de l’après, que va-t-on devenir ? ». Alors, nous avons réfléchi à des solutions pour ne pas leur dire : c’est fini, on ne peut plus rien vous apporter ».

La roue continue à tourner

 

L’étude avait commencé sur un constat : le cancer doit être pris en charge comme une affection chronique mais en termes de moyens rééducatifs, étonnamment il n’y avait pas grand-chose de structuré en Belgique. Après trois ans d’études, l’idée de ne pas s’arrêter suite à des résultats aussi encourageants fait son chemin au CHU… et le projet de développer un plateau de réhabilitation après cancer voit enfin le jour.

« Avec la création du Centre intégré d’oncologie (CIO), nous avons réfléchi à la manière d’officialiser cette prise en charge. Le 30 janvier, elle se concrétise : ce jour-là, nous inaugurons un tout nouveau plateau entièrement dédié à la réhabilitation après cancer ! ». Cet espace d’une centaine de m² ne sera pas intégré au CIO mais à l'institut supérieur de kinésithérapie de l'Université de Liège. Des étoiles s’allument dans les yeux de Didier Maquet. « On y trouvera tout le matériel d’entrainement cardio-respiratoire, 12 bicyclettes ergométriques, les machines d’entrainement musculaire membres supérieurs, membres inférieurs, tapis roulant, elliptique, rameur, … ça va être une magnifique salle avec du matériel de haute qualité que beaucoup de centres de fitness nous envieront. Il y aura aussi un espace étirements, relaxation, … ».

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Pour la gestion, la médecine de l’appareil locomoteur sera à la manœuvre, plus spécifiquement le Pr. Jean-François Kaux, médecin spécialiste en médecine de l’appareil locomoteur, chef de service au CHU et professeur à l’ULiège. « Le tout en parfaite collaboration avec tous les services impliqués dans la prise en charge de l’oncologie : Radiothérapie (Philippe Coucke, chef de service), Oncologie (Guy Jérusalem, chef de service), Hématologie (Yves Beguin, chef de service), Sénologie (Eric Lifrange, chef de service) et le Pr. Georges Filet, chef de projet du CIO et notamment en charge de la partie ‘espace santé bien-être’ ». Ce plateau d’éducation du patient et de réentrainement sera complété au CIO par un espace bien-être pour tous les patients qui souhaiteraient en bénéficier.

Meilleure qualité de vie, meilleure capacité fonctionnelle

 

Potentiellement tous les patients dont l’état général le permet sont susceptibles de bénéficier de ces infrastructures. «Ce sera une prise en charge ambulatoire : les patients sont en fin de traitement et ils débutent là. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura plus de prise en charge aigüe et subaigüe dans les services d’hospitalisation et dans le service de médecine de l’appareil locomoteur». Plusieurs moyens sont envisagés pour informer de l’existence de la nouvelle salle : folders, séances d’information, vidéos explicatives ... « Mais le but ultime, c’est de faire du sport avec des amis près de chez soi plutôt que de venir en faire dans un hôpital ».

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« Si on veut ramener les patientes à leur état d’avant cancer, et même mieux en termes de fonction physique, il faut passer par un réentrainement à l’effort. Ce sont les recommandations internationales », rappelle Didier Maquet. En termes de réhabilitation, il n’est pas encore évident d’évaluer la portée du réentrainement. « A la fin de l’étude, nous manquions encore d’informations pour dire à l’INAMI : intervenez. La suite des travaux de recherche que nous évoquions précédemment consistera à répondre aux questions économiques et ce sera très difficile à réaliser. La prise en charge en multidisciplinaire des patientes coûte-t-elle moins cher à la sécurité sociale, dès lors que celles-ci vont moins chez le médecin, prennent moins de médicaments, ont moins d’incapacité de travail ? Nous ne pouvons pas répondre à ces interrogations actuellement. Par contre, ce qui est flagrant, je le répète, ce sont les résultats obtenus en termes d’amélioration de la qualité de vie et de la capacité fonctionnelle. Et ça, pour le patient, c’est important ».

En conclusion

 

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« L’après cancer est pris en charge comme une affection chronique. Il faut véritablement envisager la possibilité d’une prise en charge réhabilitative multidisciplinaire impliquant éducation et réentrainement du patient. Les médecins généralistes ou référents y jouent un rôle clé, notamment pour les sensibiliser sur l’importance de cette prise en charge réadaptative. Une communication avec le médecin généraliste sera mise en place non seulement à la suite de la visite du patient chez le spécialiste en médecine physique, avant l'entrée dans le programme de revalidation multidisciplinaire après cancer, mais aussi au terme de la prise en charge réadaptative sur base d'un rapport final.


A LIRE

 

L'édito  de Pierre Gillet, directeur médical